Jésus-Christ avertit son épouse de prendre garde à la conversation des choses mondaines, qui sont les affections de Satan. La Vierge Marie l’instruit aussi d’avoir en toutes ses actions l’intention droite, afin que l’honneur de Dieu s’augmente, car plusieurs servent Dieu par œuvres, mais leur intention, étant corrompue, offusque toute sorte de biens.
Chapitre 114

Le Fils de Dieu parle et dit : Prenez garde aux affectations du diable, qui les a cuites dans les feux de luxure et de cupidité ; car quand on met de la graisse dans le feu, il est nécessaire que quelque chose en distille : de même les péchés détestables distillent de la conversation et société mondaine ; et bien que les consciences nous soient cachées, néanmoins, les actions extérieures nous manifestent beaucoup l’intérieur et ce qui est caché en notre sein.

D’ailleurs, la Mère de celui qui est de toute éternité dans le sein du Père, parle et dit : Que toutes vos actions soient raisonnables et vos intentions droites, afin que tout ce que vous faites, vous le fassiez pour l’honneur de Dieu et l’utilité de l’âme soient préférés à la détestation corporelle. De fait , plusieurs servent Dieu par œuvres, mais leur intention n’est pas pure, mais contamine tout le bien, comme vous le pourrez mieux comprendre par un exemple.

Il y a un animal qui s’appelle ours. Quand il est pressé par la faim et qu’il voit la proie désirée, il met un pied sur la proie , et de l’autre, il cherche un lieu propre pour enfoncer ses griffes fortement, afin que la proie ne lui échappe ou qu’on ne lui la ravisse, et qu’il puisse assouvir ses appétits. Cet ours regarde sa proie sans intermission, ne cherche no l’or, ni les herbes odoriférantes, ni les arbres aromatiques, mais seulement un lieu caché et sûr pour dévorer la proie qu’il a ravie. De même plusieurs me servent par oraisons et par jeûnes, mus à cela par la crainte, d’autant qu’ils considèrent les peines horribles de l’enfer et ma miséricorde très grande.

Ils me cherchent par des œuvres extérieures, mais par la volonté, ils font contre les commandements de mon Fils, car comme l’ours, ils ont leur volonté portée à la volupté de la chair et à la cupidité du monde ; mais d’autant qu’ils craignent la perte de la vie et le supplice futur, ils me servent en intention de ne perdre la grâce et de n’encourir la peine.

Et ceci est clair, d’autant qu’ils ne considèrent jamais la passion de mon très cher Fils, qui est comme un or précieux, ni n’imitent les vies des saints, qui sont comme des pierres précieuses, ni ne considèrent point les dons du Saint-Esprit comme des herbes odoriférantes, et ne laissent leur propre volonté, ils ne font point les volontés de mon Fils, mais ils veulent seulement s’appuyer au monde, afin de pécher plus sûrement et avec plus de prospérité. Leur récompense sera brève, car leur œuvre procède d’un cœur froid ; et comme l’ours, ayant consommé sa proie, ce se soucie plus d’assurer ses griffes, de même, l’heure venant, il faut mourir, et leurs voluptés charnelles ayant été accomplies, l‘appui qu’ils prennent sur moi leur sert de peu, attendu qu’ils n’ont pas voulu renoncer à leur propre volonté pour faire la mienne, ni ne m’ont pas cherché, mus à cela par amour, mais par crainte.
En vérité néanmoins, s’ils s’amendent et s’ils changent leur volonté, leurs œuvres seront bientôt renouvelées, et leurs volonté bannie sera réputée pour l’effet, si les œuvres manquent.

ADDITION
Celui-ci fut un prévôt qui a vécu selon son vouloir, qui, venant à Rome, corrigea sa vie très louablement , qui, ayant visité le mont Gargan et Saint-Nicolas par le conseil de sainte Brigitte, et étant retourné à elle, dit, entre autres choses, qu’il admirait que la grande et fameuse cité de Sisipont fût détruite, où tant de corps saints reposent.

Lors , le jour suivant, Notre-Seigneur, apparaissant à sainte Brigitte, dit : Ce votre ami admire que cette ville-là soit détruite et ruinée. En vérité, ma fille, les péchés des habitants d’icelle l’ont mérité de la sorte, et les autres, certes, n’ont par mérité les mêmes choses, mais un de mes amis visitait là les corps saints ; ayant envers moi une parfaite charité, il reprenait les mœurs insolents des habitants, et voyant leur obstination, me priait avec larmes, afin que le lieu fût plus désolé et déplorable, puisque tant d’âmes s’y perdaient et étaient en danger se d’y perdre. Et moi, regardant les larmes et qu’aucun ne se mettait parfaitement en devoir de ma plaire, j’ai permis que ce que maintenant fût exécuté.
Notre-Dame lui dit : O Seigneur , il est déplorable que plusieurs reliques de tant de saints et tant de corps soient là gisant comme des immondices et sans murailles.

Jésus-Christ répondit : Comme j’ai les âmes des élus en moi-même, j’ai soin aussi des reliques de mes amis, qui sont mes trésors, jusques à tant qu’ils reçoivent ma double promesse.
Notre-Dame parla encore : O Seigneur, mon très cher ami, je crois qu’en ce lieu, les saints pontifes avaient donné plusieurs grâces et rémissions : eh quoi ! d’autant que les murailles sont entièrement ruinées , les grâces seraient abolies?

Notre-Seigneur repartit : Quel lieu y a-t-il eu plus saint que Jérusalem, où moi, Dieu ai imprimé mes vestiges ? Quel lieu y a-t-il maintenant plus méprisé, qui est maintenant habité et foulé par les infidèles ? Néanmoins, tous ceux qui viennent en Jérusalem trouvent la même première grâce et la même rémission. Le semblable est de ce même lieu, car quiconque vient en celui-là, mû par une volonté parfaite, participera à la même grâce et bénédiction que cette cité avait , lorsqu’elle était sur pied et en sa gloire magnifique, à raison de la foi et du labeur amoureux de ceux qui y viennent.