Réponse de la Vierge Marie, des anges, des prophètes, des apôtres et des diables, faite à Dieu en la personne de l’épouse, lui témoignant sa magnificence et sa grandeur dans la création et la rédemption, et comme les hommes contredisent maintenant toutes ces choses, et de leur sévère jugement.
Livre 1 - Chapitre 45

O épouse de mon Fils, vêtissez-vous et demeurez stable, parce que mon Fils s’approche de vous, disait la Mère de Dieu à l’épouse. Sa chair a été serrée comme en un pressoir : car, de même l’homme a manqué et failli malicieusement en tous ses membres, mon Fils a aussi satisfait en proportion en tous les siens. Ses cheveux étaient étendus, ses nerfs séparés, ses jointures disjointes, ses os meurtris, ses mains et ses pieds cloués ; son esprit était troublé ; son cœur était affligé de douleur ; ses intestins étaient collés à son dos, d’autant que l’homme a péché en tous ses membres.

Après, le Fils de Dieu parla et dit, en présence de la troupe céleste : "Bien que vous sachiez que toutes choses sont faites par moi, toutefois, à cause de mon épouse qui est ici, je prends la parole et je vous demande, ô anges ! ce que cela veut dire, que Dieu a été sans commencement et sans fin, et ce que veut dire ceci, qu’il a créé toutes choses et que nul ne l’a créé. Répondez, et portez témoignage en ceci ".

Les anges répondirent d’une voix commune, disant : "Seigneur, vous êtes celui qui est, car nous vous donnerons témoignage de trois choses : 1° que vous êtes notre adorable Créateur, et le Créateur de toutes choses qui sont au ciel et sur la terre ; 2° que vous êtes sans commencement, que vous serez sans fin, et que votre redoutable puissance durera éternellement : car sans vous rien n’a été fait, et sans vous, rien ne peut être ni subsister ; 3° nous témoignons que nous voyons en vous toute votre justice, et toutes les choses qui ont été et seront, et toutes ces choses en vous-même, et vos idées, sans fin et commencement ".

Puis, se tournant vers les patriarches et les prophètes, il leur dit : "Je vous le demande, quel est celui qui vous a affranchis de la servitude, pour vous rendre la liberté, qui a divisé les eaux devant vous, qui vous a donné la loi, qui a donné à vos prophètes l’esprit de parler ?" Ils lui répondirent : "C’est vous, ô Seigneur que nous adorons, qui nous avez tirés de la servitude, qui nous avez donné la loi, et qui avez incité notre esprit à parler ".

Après, il dit à sa Mère : "Ma Mère, portez témoignage de vérité de ce que vous savez de moi ". Elle répondit : "Avant que l’ange, qui était envoyé de vous, fût venu à moi, j’ai été seule avec mon âme et mon corps. Mais quand l’ange eut parlé, votre corps fut en moi, avec la Divinité et l’humanité, et je sentis en mon corps votre corps. Je vous ai porté sans douleur ; je vous ai enfanté sans angoisses ; je vous ai enveloppé de langes ; je vous ai nourri de mon lait ; j’ai été avec vous depuis votre naissance jusqu’à votre mort ".

Puis, il s’adressa aux apôtres, disant : "Quel est celui que vous avez vu, entendu et senti ?" Ils lui répondirent : "Nous avons entendu vos saintes et puissantes paroles, et nous les avons écrites ; nous avons ouï vos merveilles signalées, quand vous avez donné la loi nouvelle. Par votre parole efficace, vous avez commandé aux démons enragés de fureur, et ils ont pris la fuite aux accents de votre parole puissante. Vous avez ressuscité les morts et guéri les malades. Nous avons vu avec un corps humain.

En votre humanité, nous avons vu vos merveilles en la gloire divine ; nous vous avons vu livré aux ennemis et cloué sur la croix ; nous avons vu en vous une passion très amère ; nous vous avons enseveli. Nous vous avons aperçu et vu, lorsque vous êtes ressuscité ; nous avons touché vos cheveux et votre face, vos membres et vos plaies. Vous avez mangé avec nous, et vous nous donniez vos paroles. Vous êtes vraiment le Fils de Dieu et le Fils de la Vierge. Nous vous avons aussi vu et touché, lorsque vous êtes montés à la droite de votre Père avec une humanité où vous êtes sans fin. "

Après, Dieu dit aux diables : "Esprits immondes, bien qu’en votre conscience vous cachiez la vérité, je vous commande toutefois de dire ce qui diminue votre puissance". Ils lui répondirent : "Tout ainsi que les larrons ne disent point la vérité s’ils ne sont mis sur le cep, de même nous ne la disons point si nous n’y sommes contraints par votre divine, infinie et terrible puissance. C’est vous qui, avec votre force, êtes descendu en enfer. Vous avez pris le droit de l’enfer ".

Alors Notre-Seigneur dit : "Voici tous ceux qui ont un esprit et ne sont point revêtus de corps, lesquels me disent la vérité ; mais ceux qui ont un esprit et un corps, à savoir les hommes, me contredisent et vont à l’encontre de moi. Or, les uns n’ignorent rien, mais savent tout ; toutefois ils n’en tiennent pas compte et ne s’en soucient pas. Les autres ignorent tout et ne savent rien, ce qui fait qu’ils ne s’en soucient pas, mais disent que toutes choses sont fausses ". Notre-Seigneur dit encore aux anges : "Ceux-ci disent que votre témoignage est faux, que je ne suis point Créateur, que je n’ai pas la connaissance de toutes choses : c’est pourquoi ils aiment mieux la créature que moi ".

Il dit aussi aux prophètes : "Ils vous contredisent, disant que la loi est vanité et que vous avez parlé par votre propre volonté". Mais il dit à sa Mère : "Ma Mère, les uns disent que vous n’êtes pas vierge, les autres que je n’ai pas pris mon corps de vous : ils le savent, mais ils ne s’en soucient pas ". Puis il dit aux apôtres : "Ils vous contredisent, d’autant qu’ils disent que vous êtes des menteurs, que la loi nouvelle est sans raison et inutile. Il y en a d’autres qui croient que toutes choses sont vraies, mais ils n’en tiennent pas compte. Maintenant donc, je vous demande quel sera leur juge".

Ils me répondirent tous : "C’est vous, ô Dieu adorable ! qui êtes sans commencement et sans fin ; c’est vous, ô Jésus-Christ ! à qui le Père en a donné le jugement ; c’est vous qui êtes le juge juste et équitable de ceux-là ". Le Seigneur leur répondit : "Je suis maintenant le juge, moi qui me complaignais sur eux ; mais bien que je connaisse et puisse toutes choses, toutefois prononcez sur eux votre jugement ".

Ils lui dirent : "Tout ainsi qu’au commencement du monde, tout le monde périt par les eaux du déluge, de même le monde mérite maintenant de périr par le feu, parce, maintenant, l’iniquité et l’injustice sont plus grandes qu’elles ne l’étaient alors ". Le Seigneur répondit : "D’autant que je suis juste et miséricordieux, je ne juge pas sans miséricorde, et je ne fais pas miséricorde sans justice. C’est pourquoi, à cause des prières de ma très chère Mère et de mes saints, j’enverrai encore une fois ma miséricorde au monde ; mais si le monde ne veut ni l’écouter ni l’embrasser, ma justice n’en sera que plus rigoureuse".